vendredi 8 juin 2007

Hommes entre eux

Si j'ai un reproche à faire à Jean-Paul DUBOIS, dans son nouveau roman Hommes entre eux, c'est de ne pas faire confiance au lecteur. Travers de journaliste ?

Certes, le style est vif, et le récit défile à bonne vitesse, mais les métaphores sont, non pas appuyées, mais comme soulignées. Ainsi, au début, on assiste, avec Hasselbank, un des deux protagonistes, à un visionnement d'un film finlandais où une voix dit :
Dans ce noir, je vous regarde, les uns et les autres, je vous observe. Et malgré l'obscurité, je vous vois tes que nous sommes, tous : nus, menteurs, mesquins, vivants et inquiets. Réfléchissez à tout cela et demandez-vous pourquoi nous vivons ainsi. Dans la peur de ce qui nous attend. Pourquoi ne connaissons-nous pas la paix ? Pourquoi sommes-nous toujours plus petits que nous mêmes ? Pourquoi le Mal est-il à ce point ancré en nous ?
Nous voici avertis. Et pour être certain que nous allons comprendre, un autre visionnement nous décrit, dans Aguirre ou la colère de Dieu, le massacre à coup de flèches et de lances des soldats de Klaus Kinski-Aguirre, pendant que notre Hasselbank de héros se fait branler.

Comme il est atteint d'une grave maladie dégénérative, il a souvent recours à des injections. Seringue, aiguilles.

Si un auteur insiste sur un accessoire -- ici les arcs et les flèches, c'est qu'avant la fin du dernier acte, quelqu'un va s'en servir. Au roman comme au théâtre.

Nous sommes donc prévenus dès les tout premiers chapitres de l'inéluctable dénouement. C'est cette insistance, et chacun des indices qui font du récit un parcours fléché, qui ont diminué le plaisir de lire; ce n'est pas tant de connaître la fin qui agace, mais la faiblesse du développement par excès de précision. Ainsi cette scène très violente de lutte extrême, qui semble une attraction fort répandue dans les villes moyennes de l'Amérique et du Canada profonds. Flèches et sang.

Et pour bien enfoncer le clou : Robertson, l'autre protagoniste, s'est fait greffer le coeur d'un meurtrier; comme chacun sait, le coeur est ce qui marque l'identité de la personne... dont acte. Il est chasseur, opérant, comme il se doit, à l'arc et au couteau. Noblesse de l'animal, destin inéluctable.

Il y aura évidemment confrontation dans le cadre d'un huis clos provoqué par une violente tempête de neige, puis le dénouement arrivera, rouge sur blanc.

En conclusion, l'affaire est bien menée, et le roman mérite qu'on le lise, mais ce ne sera qu'un petit plaisir de lecture.

Jean-Paul DUBOIS, Hommes entre eux, Éditions de l'Olivier, Paris,2007 (232 pages).

dimanche 3 juin 2007

En route

Les nuits courtes de sommeil sont propices à la lecture; le matin l'écriture est lente :

Cormac McCARTHY, Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, traduit de l'anglais par François Hirsch, Éditions de l'Olivier, Paris, 2006 (295 pages). Titre original : No Country for Old Men

vendredi 1 juin 2007

Le rouge et le blanc

Je n'ai pas, trouverez-vous, beaucoup de suite dans les idées, moi qui vous ai annoncé le programme à venir et ne m'y conforme pas. Mais une nuit d'insomnie m'a vu prendre ce livre dans la pile des Alyre, qui ne semble jamais diminuer, et me rendre aux aurores.

J'ai toujours apprécié le travail de Jean-Paul DUBOIS, écrivain et journaliste au Nouvel Observateur, et notamment ses deux recueils de chroniques sur les États-Unis, L'Amérique m'inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002). Style vif, récit efficace : on ne s'ennuie pas. Il fait maintenant partie des élus, ayant reçu le prix Femina en 2004 pour son roman Une vie française.

Cela dit, ce roman ne m'a pas entièrement convaincu, pour les raisons que je développerai dans mon prochain billet. En attendant, je vous laisse sur l'incipit, et le résumé.

Incipit :

Depuis des mois, il se savait atteint de la maladie qui avait emporté son père. Lorsque son médecin l'avait reçu pour lui annoncer la nouvelle, quelque chose s'était immédiatement modifié dans la perception qu'il avait de son corps. Un peu comme si, désormais, il éprouvait de la méfiance vis-à-vis de lui-même. D'une manière quasi instinctive, tel un animal fuyant une menace invisible, il s'était mis à marcher, à sillonner jour et nuit la ville sans autre but que l'oubli temporaire de soi et de cette douleur qui pouvait l'immobiliser au détour d'un boulevard.
Résumé (sur le site www.alapage.com) :
Paul Hasselbank, divorcé, malade, n'attend plus grand-chose de la vie, sauf, peut-être, une ultime rencontre avec la femme qui l'a quitté, Anna. Il entreprend alors un long périple qui le mène jusqu'à North Bay, une petite bourgade au bord du lac Nipissing (Ontario). Floyd Paterson vit non loin de là. Célibataire, cet homme n'a pas toujours été solitaire : il y a peu encore, il vivait avec Anna. Grand chasseur de wapitis, il manie à la perfection l'arc à poulies. Tout le roman converge vers la rencontre des deux hommes. Un face-à-face terrifiant.
Jean-Paul DUBOIS, Hommes entre eux, Éditions de l'Olivier, Paris,2007 (232 pages).