lundi 29 octobre 2007

Un pedigree

Je retrouve le commentaire écrit sur le précédent texte de Modiano, lequel a été repris depuis dans la collection Folio.

Patrick MODIANO, Un pedigree, Gallimard, Paris, 2005 (122 pages)

Lors de mon prochain passage à Paris je ferai certainement un crochet par le quai de Conti, attiré cette fois moins par l’Institut et la splendeur baroque du Collège des Quatre-Nations que par une adresse anonyme, le 15, où a vécu, à deux pas des Immortels, Patrick Modiano. L’histoire ira-t-elle jusqu’à apposer sur la façade une de ces plaques du genre « Ici vécut… » ajoutant ainsi un mémento en dur à la renommée littéraire de l’auteur ?

Modiano nous présente cette fois père et mère dans un récit dont la sécheresse pourrait déconcerter le lecteur qui n’est pas habitué à le fréquenter, et qui n’y discernerait pas l’obsédante question, adressée autant à l’un qu’à l’autre, de savoir pourquoi « sans nostalgie mais d’une voix précipitée ». Pourquoi une Flamande d’Anvers rencontra, en ces années troubles, à Paris, un certain Modiano, Albert, Rodolphe, issu d’une famille juive de Toscane établie dans l’Empire ottoman.

De cette question primordiale découlent plusieurs autres que le lecteur trouvera au fil des pages et qui, pour peu qu’il les fasse siennes, car c’est là l’objet essentiel de l’œuvre d’art, justifient le besoin d’écrire, le besoin de créer, en un mot, le besoin d’être. Comme si, par ce travail archéologique sur soi, par l’établissement de son pedigree, Modiano s’arrachait à lui-même, tout en se demandant si l’évocation de ces années mortes en valait la peine, la genèse de sa propre écriture et de son œuvre.

Le père est nommé, pas la mère. Peut-être parce qu’elle vit encore ? Une simple recherche dans Internet nous révèle son nom d’actrice, Louisa C., et sa vie de rôles secondaires, pour l’essentiel à la télé, jusque dans les années 80. Ironie : il existe une autre Louisa C., également actrice, Américaine celle-là, et née en 1977. On peut contacter son agent… L’omission du nom est sans doute révélatrice de la relation entre la mère et le fils. Il est deux fois question de chiens; la première, évoque celui donné à la mère et qui, négligé, se jeta par la fenêtre; la seconde, dans le passage suivant, très dur : « Parfois, comme un chien sans pedigree et qui a été un peu trop livré à lui-même, j’éprouve la tentation puérile d’écrire noir sur blanc et en détail ce qu’elle m’a fait subir, à cause de sa dureté et de son inconséquence. ». On notera que c’est une des plus longues phrases du livre…

J’ai aussi été bouleversé par ces soudains passages au « vous », interpellations du lecteur certes, mais autant de moments où le « je » de l’auteur s’interrompt dans le récit comme pour constater la fusion de ce qui fut et de ce qui est advenu, sorte de Temps retrouvé, dans une angoisse obsédante :

« Et de menus évènements se succèdent et glissent sur vous sans y laisser beaucoup de traces. Vous avez l’impression de ne pas pouvoir vivre encore votre vraie vie, et d’être un passager clandestin. ».

Une seule réponse possible à toutes ces questions : écrire. « Il était temps ».

Citation :

« Un soir, dans l'escalier, mon père m'a dit une phrase que je n'ai pas très bien comprise sur le moment -- l'une des rares confidences qu'il m'ait faites : "On ne doit jamais négliger les petits détails... Moi, malheureusement, j'ai toujours négligé les petits détails..." »

vendredi 26 octobre 2007

Citation

Je me constitue un florilège de citations. Le relisant aujourd'hui, je tombe sur cette question que se pose Jean Daniell, le directeur du Nouvel Observateur :

Alors, soudain, on s’est demandé ce qu’était désormais un État riche. Peut-être, après tout, n’était-ce qu’un État où les pauvres étaient plus délaissés qu’ailleurs ?

Le nouvel Observateur n° 2131 – 8 septembre 2005

Pourrait sans doute inspirer le programme politique de telle girouette nationale...

Michel ONFRAY à Contact

Parfois la télévision sait faire, remercions donc Stéphan Bureau pour cette lumineuse entrevue avec le philosophe hédoniste Michel ONFRAY, dont ceux qui me lisent (ou mieux, me connaissent...) savent que j'essaie de m'inscrire dans sa pensée.
Jouir et faire jouir, sans faire de mal ni à toi ni à personne, voilà le fondement de toute morale. Chamfort

Le lien qui suit vous conduit à la page, sur le site de l'émission, consacrée à Onfray. À voir et à lire.

CONTACT - Les invités - Michel Onfray

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