On peut donc, depuis quelques semaines, se procurer un recueil, en version électronique (ePub sans DRM), offert par l'éditeur Christian Bourgois qui, sur près d'une centaine de pages, nous propose des extraits des nouveaux romans de quatre de ses auteurs, soit Linda Lê, avec Lame de fond, Toni Morrison, avec Home, Keith Scribner avec L'expérience Oregon et enfin Enrique Vila-Matas avec Air de Dylan. Le tout sous le titre, excusez du peu, Rentrée littéraire automne 2012. Et on nous y annonce la date de mise en vente (en France, cela va de soi) desdits ouvrages, et on nous donne, outre quelques notes biographiques, des extraits des critiques qui ont accueilli la publication en langue originale ou une entrevue avec l'auteur.
Formule intéressante, un peu, je crois l'avoir déjà dit, comme les bandes annonces au cinéma.
Mais encore ?
Outre le fait qu'ils sont publiés par un même éditeur, les ouvrages du recueil n'ont rien en commun. Je dirais même que la lecture successive des extraits de Keith Scribner et de Toni Morrison, cruelle pour le premier, illustrent à la perfection la différence entre un produit et une œuvre littéraire. L'expérience Oregon se vendra, connaîtra un grand succès, et il y a fort à parier que les droits d'adaptation au cinéma ou à la télévision ont déjà été retenus par quelque grande société de production; tout est parfait dans ce roman, n'y manque aucun adjectif ni adverbe, le lecteur y voit tout, y entend tout, chaque dialogue est à sa place, assez d'information pour renseigner le moins informé, le sujet d'actualité avec la juste d'ose d'insécurité et de bien-pensance. Comment en irait-il autrement, l'auteur enseignant le creative writing à Stanford... Bref, la perfection dans l'ennui : autant attendre la version télévisée avec son lot de stars plastifiées. Par comparaison, lisez trois paragraphes de Home de Toni Morrison, et vous serez happés par l'histoire, par la violence atroce de la ségrégation raciale; d'emblée vous êtes dans la littérature, et vous savez que la lecture de ce roman vous amènera ailleurs. Vivement, donc, le 23 août.
Je lirai peut-être le Vila-Matas, que j'ai déjà fréquenté il y a une dizaine d'années, mais dont j'ai fini par me lasser. Cette note tirée de Wikipedia illustre bien la raison de cette lassitude : « L’œuvre de Vila-Matas apparaît comme un exercice virtuose et ironique,
où l’auteur, tel un funambule confronté au vide d’une « littérature qui
parle de littérature », s’installe dans une véritable mise en abîme
peuplée d’êtres réels ou fictionnels sur lesquels planent les anges
tutélaires de Larbaud, Bove, Walser, Kafka... ». Virtuosité certes, mais exercice quand même, et ces jours-ci, je préfère me promener du côté de Stendhal plutôt que de Flaubert : un peu plus de vie, un peu moins d'art pour l'art... Pourtant, il y a quelques chose qui m'attire dans ce côté Hamlet du roman, de la fascination pour l'échec du héros...
Pour ce qui est de Linda Lê, et de son cadavre narrateur...
lundi 6 août 2012
dimanche 5 août 2012
La révolution de l'amour
Luc FERRY, L'invention du mariage d'amour et de la famille moderne, France Culture, le dimanche 5 août 2012.
C'est une discussion que j'ai souvent, presque toujours à la grande surprise de mes interlocuteurs, et encours leur désaccord, à l'affirmation que le mariage d'amour est d'une invention récente et, comme on le dit en philosophie, un « discours » construit, une idéologie.
mercredi 1 août 2012
Les dimanches de Jean Dézert
Jean de La Ville de Mirmont, Les dimanches de Jean Dézert
Éditions ePagine, juillet 2012 (101 pages); sous format ePub sans DRM.
Les retours de vacances ne sont pas sans surprise, où rentré le lundi matin d'une belle semaine à la campagne, les pieds dans l'eau et la Restauration à la main, l'on passe sans transition presque de la chaise longue au lit, la grippe s'étant invitée sans prévenir. C'est une toute autre chaleur qui nous y condamne, nous coupant non seulement du monde, mais aussi, pour cause de fatigue, du livre, ce qui, en un sens, est bien pis.C'est quand même avec joie que j'ai accepté, d'un clic, l'offre de téléchargement gratuit de la librairie ePagine qui, ainsi, se lance, et fort joliment, dans l'édition de livres électroniques. Je vous garantis quelques heures de belle lecture, et de promenades dans un Paris d'il y a un siècle, en compagnie de ce très anonyme Jean Désert, petit fonctionnaire, et libre à vous de voir si nos mœurs bourgeoises ont si changé en dépit de l'irruption dans notre quotidien ces mille objets techniques dont nous ne pouvons plus nous passer. Y compris, faut-il le rappeler, une bonne liseuse...
Voilà une prose comme je les aime, simple et fine, belle petite histoire urbaine qui, par sa chute, nous amène du côté de la nouvelle. Chose certaine, bien éloignée de tous les pavés estivaux usuels...
Présentation de l'éditeur :
« Peut-être parce qu’il n’a pas cherché à « faire carrière » en littérature, Jean de La Ville de Mirmont, mort au front en 1914 à quelques jours de son vingt-huitième anniversaire, est aujourd’hui beaucoup moins connu que Louis Pergaud, Alain-Fournier ou Charles Péguy, victimes eux aussi de la Première Guerre mondiale. Et pourtant, pour tous ceux qui l’ont lu, Les Dimanches de Jean Dézert figure parmi les romans les plus surprenants du début du XXe siècle. Remis au goût du jour par Bernard Grasset en 1929, puis redécouvert par Michel Suffran dans les années 60, il a traversé le temps, passant de bouche à oreille et de main en main.
» C’est dans les années 90 que j’ai repéré ce roman dont la douce ironie et la politesse du désespoir m’ont rappelé certains personnages d’Emmanuel Bove, ou encore le Bartleby de Melville. Quant à l’écriture simple voire minimaliste de ce livre, la « singulière banalité » de Jean Dézert, le lyrisme discret et le regard distancié de l’auteur, je les ai vus d’emblée comme précurseurs de l’œuvre de Robert Pinget ou des premiers romans de Jean-Philippe Toussaint.
» Alors que je travaillais à la librairie Les Sandales d’Empédocle à Besançon, je conseillais souvent aux clients de partir à la rencontre de Jean Dézert, ce jeune homme solitaire, cet employé sans épaisseur ni fantaisie, qui a toutefois une passion dérisoire dans sa vie ordonnée : attendre le dimanche et, en suivant les prospectus publicitaires amassés la semaine, traverser le Paris de la Belle-Époque, à pied ou en métro, en tramway à vapeur ou en train électrique. De Saint-Michel à la rue de la Gaîté en passant par la Gare du Nord, Jean Dézert fera toutes sortes d’expériences et rencontrera sur son chemin une fantasque jeune fille qui viendra bousculer ses notions et ses habitudes... Je n’en dirai pas plus. Je vous laisse maintenant entrer dans la chambre au plafond bas de la rue du Bac et rejoindre la communauté des « dézerteurs » ! »
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