Aucun message portant le libellé Jean-Christophe GRANGÉ. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Jean-Christophe GRANGÉ. Afficher tous les messages

mardi 10 janvier 2012

Le passager : où l'on rend les armes

Jean-Christophe GRANGÉ, Le passager, Albin Michel, Paris, août 2011 (750 pages).

Avec la métaphore du chemin de fer à l'esprit, j'ai avalé hier les deuxième et troisième parties du roman de GRANGÉ, rendant les armes, c'est à dire l'essentiel de mon sens critique, et enfilé les chapitres les uns après les autres; la locomotive du thème principal fonce à toute vitesse, même si elle peut s'égarer dans les aiguillages des histoires secondaires.

L'auteur ne fait plus dans la dentelle, mythologie, perte d'identité, laquelle est au moins double, relents de complot -- pour une fois, pas juif, mais catholique et bourgeois, et de Bordeaux s'il vous plait, c'est dire qu'on est entre gens biens. Et ratisse large : armement illicite, industrie des produits chimiques, l'industrie pharmaceutique et ses pilules magiques, torture, et j'en passe, puis nous fait explorer les bas-fonds de Marseille, la lie du peuple et les égouts mêlés, et touche, enfin,  à la folie et à l'art, le second n'étant authentique que s'il est lié à la première. Le lecteur passera outre quelques effluves homophobes et antisémites, cela va avec le genre.

Je vous ai parlé hier d'une structure en poupées russes, quelle clef apparaît dans la deuxième partie ? matriochka. En plus, attention à ne pas manquer l'indice, le protagoniste s'appelle désormais Janusz -- à une lettre près, on a le dieu Janus des Romains, à la double tête; puis Narcisse -- il devient alors artiste peintre, allez savoir ! Revient en leitmotiv (aurai-je les Walkyries demain ?), une douleur « point lancinant au fond de l'orbite gauche » et l'image d'un corps de femme nue et pendue, Anne Marie Straub.

Toujours à suivre, mais je commence à avoir hâte d'arriver à destination.

lundi 9 janvier 2012

Le passager : où l'on tourne les pages

Jean-Christophe GRANGÉ, Le passager, Albin Michel, Paris, août 2011 (750 pages).

Il n'y a pas, en français, de métaphore équivalente à celle de page turner. On doit se rabattre sur les adjectifs passionnant ou captivant, ce qui n'est pas, à l'évidence, du même sel. J'oserais la métaphore suivante : un livre, comme le train, à grande vitesse. Quelques pages à petite vitesse pour quitter la gare, puis installé dans la rapidité au gré des chapitres brefs, j'ai franchi la première partie en moins d'une journée, trajet à peine interrompu pour la prise de notes en vue de la rédaction du présent commentaire et, parfois, du dictionnaire pour vérifier tel mot d'argot.

Je l'avoue de bon gré, je suis entré dans l'histoire, mais on ne s'y trompera pas, ce n'est que cela : une histoire, il n'y a pas d'écriture. Certes la construction prend le lecteur -- comme on prend un otage --, lequel avance comme dans un labyrinthe; comparaison qui n'est pas gratuite, l'auteur ayant recours à la mythologie pour habiller les meurtres que tentera d'expliquer le protagoniste principal, l'OPJ Anaïs Chatelet (officier de police judiciaire), le mythe du Minotaure pour la première partie.

Le thème est simple : la fugue psychique (ou fugue dissociative) dite « syndrome du voyageur sans bagage » -- à ne pas confondre avec le syndrome amnésique rétrograde... :
« Il arrive qu'un homme, sous la pression d'un fort stress ou d'un choc, tourne le coin de la rue et perde la mémoire. Plus tard, quand il croit se souvenir, il s'invente une nouvelle identité, un nouveau passé, pour échapper à sa propre vie. C'est une sorte de fuite, mais à l'intérieur de soi. »
Ceci posé, qu'on se gardera d'oublier pour la suite des choses, on s'embarque dans un jeu de poupées russes. Pour le reste, tous les ingrédients sont réunis pour que prenne la mayonnaise. À ce point que l'on imagine sans difficulté le film qui sera tiré du livre, ou plutôt la série télé en six épisodes. Les personnages principaux sont peints à la truelle et ont chacun des traits nécessaires pour faire rebondir l'intrigue : des solitaires « avec bagage » marginaux; les personnages secondaires sont, justement, secondaires, on n'insistera pas. Style minimal : tout se passe à l'imparfait; dialogues abondants; on songe à ces tours à anonymes, ces blocs de verre bleuté sans architecture ni grâce, si fréquents dans nos villes : l'efficacité prime.

Oui, c'est efficace -- je parle de la première partie, et il n'y a aucune raison de bouder son plaisir, c'est très comfort food : le Saint-Hubert de la littérature, une affaire de sauce brune.

En tout cas, il m'a inspiré force métaphores pour vous le présenter. Pour l'heure, la deuxième partie est bien entamée : il est beaucoup question de clochards, avec force détails qui horrifieront le bourgeois.



dimanche 1 janvier 2012

Jean-Christophe GRANGÉ, Le passager, Albin Michel, Paris, août 2011 (750 pages).

L'année 2012 commence par une suggestion de lecture faite par un ami lors d'une vive discussion sur « mon genre de lecture », le mal est fait, rien n'y changera désormais, je ne recommande que des livres difficiles. Las ! Cet ami, donc, me parle de GRANGÉ, dont il suit, depuis quelques temps les romans, avouant son faible pour les bons thrillers; et, selon lui, celui-ci est d'une redoutable efficacité. Accepterait-il de me le prêter ? Oui, le pavé, car à ma surprise c'en est un de 750 pages -- et l'on moque mes interminables prousteries... -- est donc depuis hier soir -- un prêt de la Saint-Sylvestre -- sur ma table de travail, et je m'apprête à le commencer.

Vérification faite, le public semble avoir davantage apprécier ce nouvel opus du journaliste devenu romancier que la critique; mais l'un et l'autre regrettent la longueur qui plomberait l'intrigue.  Je vous en reparle sous peu, car tous s'entendent pour dire qu'il est impossible de le lâcher.

Une manière différente de commencer l'année, que je vous souhaite bonne et heureuse.

Présentation :
« Je suis l'ombre. Je suis la proie. Je suis le tueur. Je suis la cible. Pour m'en sortir, une seule option : fuir l'autre. Mais si l'autre est moi-même ? ... »