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mardi 20 décembre 2011

Scrupule - Le Tour d'écrou

J'éprouve un certain, quoique léger, scrupule à la relecture de mon commentaire de la notice accompagnant la nouvelle Le Tour d'écrou dans l'édition de la Pléiade. Je l'ai relue, peine perdue. Je me risque à vous prendre à témoin, conscient que je manifeste là un peu de mauvaise foi, mais vous promets que je n'ai pas choisi le passage le plus obscur :
« Plongée dans les mirages de l'Imaginaire, "Le Tour d'écrou" fait surgir à l'occasion, dans les intervalles de ses jeux de miroir, les implications d'un narcissisme mortifère, qu'on a pu décrire comme "l'effacement de la trace de l'Autre dans le Désir de l'Un". Avant de se renverser dans son contraire -- l'opacité absolue que connotera le vide ou l'hostilité des regards --, l'illusion de transparence et de "saisie" totale s'affirme comme identique pour les deux enfants. [...] Le recours aux hyperboles de la fantaisie et du conte ne masque pas tout à fait la violence sous-jacente à cette rhétorique du Même et de l'Un, d'autant plus frappante que James a malgré tout choisi de marquer les deux enfants du sceau de la différence... »
On me pardonnera, je l'espère, mon peu de lumière.

lundi 19 décembre 2011

Le tour d'écrou

Coffret 2 volumes 1888-1910

Henry JAMES, Le tour d'écrou in Nouvelles complètes 1898-1910, édition établie par Évelyne LABBÉ, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 2011 (1726 pages) - traduction par Christine SAVINEL; plusieurs éditions en format de poche.
Henry James

C'est le cinéma et l'opéra qui m'ont fait découvrir les nouvelles d'Henry JAMES. La chambre verte de François TRUFFAUT, un de ses films les plus difficiles et les moins compris, et The Turn of the Screw de Benjamin BRITTEN. Plus récemment, les romans Le maître de l'irlandais Colm TOIBIN et L'Auteur ! L'auteur ! du britannique David LODGE, que je recommande vivement l'un et l'autre, constituaient, étaient, moins des biographies romancées, que de beaux portraits d'un auteur à l’œuvre. L'édition des nouvelles complètes, dans la bibliothèque de la Pléiade, m'aura permis de m'y plonger.

Il y a quelque chose d'assez sombre dans cette histoire d'une gouvernante et des deux enfants dont elle a la charge, y compris une fin aussi tragique qu'inattendue; une histoire de fantômes qui viendraient -- viennent -- hanter les lieux. Ils sont deux, ces revenants, un homme et une femme, liés naguère aux enfants, mais qui les voit ? La gouvernante certes, mais qui d'autre ? Est-elle folle, ces visions sont-elles le fruit de sa trop grande sensibilité ? JAMES entraîne son lecteur dans un labyrinthe d'une grande beauté littéraire au style aussi sobre que le sujet est fantastique. La difficulté, hélas, pour le lecteur d'aujourd'hui, est qu'il est habitué -- la télé, le cinéma -- à voir tellement de ces histoires (je pense notamment à la saga des Harry Potter), alors que le contemporain de JAMES n'avait d'images que du produit de son imagination; bref, je me demande si notre sensibilité n'aura pas été trop émoussée pour que nous puissions réellement comprendre l'histoire et le message de l'auteur. Et je dois avouer, tout amateur de la collection que je puisse être, que la notice m'a paru être davantage destinée à un public universitaire qu'au lecteur moyen et m'a laissé du côté de l'ombre... un peu comme la gouvernante. Mais je vais blâmer cette grise matinée de décembre, qui m'aura embrouillé les idées.

Pour la suite des choses, je vais maintenant me diriger vers les nouvelles qui ont inspiré TRUFFAUT : L'autel des morts, Comment tout arriva et La bête dans la jungle.