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mardi 10 février 2009

Entendu à la radio

La vie lue et rêvée de notre chef d'État. Peu de chance que ce fâcheux événement arrive s'agissant de notre premier ministre...

Alan BENNET, La Reine des lectrices,
Denoël, Paris, 2009




Que se passerait-il outre-Manche si, par le plus grand des hasards, Sa Majesté la Reine se découvrait une passion pour la lecture? Si, tout d'un coup, plus rien n'arrêtait son insatiable soif de livres, au point qu'elle en vienne à négliger ses engagements royaux?
C'est à cette drôle de fictions que nous invite Alan Bennett, le plus grinçant des comiques anglais. Henry James, les sœurs Brontë, le sulfureux Jean Genet et bien d'autres défilent sous l'œil implacable d'Elizabeth, cependant que le monde empesé et so british de Buckingham Palace s'inquiète : du valet de chambre au prince Philip, d'aucuns grincent des dents tandis que la royale passion littéraire met sens dessus dessous l'implacable protocole de la maison Windsor.
C'est en maître de l'humour décalé qu'Alan Bennett a concocté cette joyeuse farce qui, par-delà la drôlerie, est aussi une belle réflexion sur le pouvoir subversif de la lecture.





mardi 19 juin 2007

L'auteur ! L'auteur ! (suite)

David LODGE, L'auteur ! L'auteur !, Rivages/Roman, Paris, 2005, (414 pages). Traduit de l'anglais par Suzanne V. Mayoux, titre original : Author, Author, 2004.



Le roman s'ouvre dans les semaines qui précèdent la mort de Henry James, et se termine à la mort de celui-ci. Entre ces deux chapitres, avec quelques allers-retours dans le temps, le lecteur suivra, pour l'essentiel, la carrière de l'auteur après son installation définitive en Grande-Bretagne. Sera tout particulièrement mis en lumière la volonté d'assoir, tant en ce qui touche la renommée que sur le plan financier, sa carrière, en explorant une nouvelle voie, celle du théâtre, qu'il juge plus propice à lui apporter le succès.

Lodge nous montre aussi les amitiés de James avec d'autres auteurs, dont le talent est incontestablement moindre, mais dont la réussite est plus éclatante. On pense notamment à George Du Maurier et Constance Fenimore Woolson. Tout en jugeant ce succès immérité, et ne comprenant pas le goût du public, il ressent à la fois jalousie et amerturme, mais la sincérité de son amitié envers ces rivaux littéraires n'en est pas affectée.

Chose intéressante que ce texte : c'est un roman, mais il a une forte saveur biographique : « Presque tout ce qui se passe dans ce roman est fondé sur des sources formelles ». Et pourtant, tout le long de la lecture, j'avais l'impression que le sujet principal, bien qu'invisible, est bien davantage Lodge que James. Ou plutôt une espèce d'identification de leurs deux destins.

J'ai crû trouver confirmation de ce sentiment quand, vers la fin du livre, James, écrivant un article sur son ami Du Maurier, récemment décédé, s'aperçoit « qu'il s'agissait autant de lui que de Du Maurier... » Et dans le dernier chapitre, Lodge intervient dans le cours du récit (passages marqués en italiques), s'adressant directement à celui qui vient de mourir, et dont la renommée devra attendre encore quelques décennies.

Pourtant Lodge a connu, et depuis longtemps, un assez grand succès pour ses romans; peut-être toutefois souffre-t-il de que que la critique ne le tienne pas pour un auteur sérieux, du genre de James, justement, un auteur qui dure... En tout cas, il n'a certes pas connu beaucoup de succès avec ce roman, face à son rival et concurrent Le Maître, de Colm Toibin.

Lequel des deux la postérité retiendra-t-elle ? Je ne saurais me prononcer, mais j'avoue que le Toibin m'a davantage séduit que le Lodge. Quoiqu'il en soit, on pourrait trancher en recommandant de revenir à James...

Mais je vous recommande vivement la lecture des essais de Lodge Dans les coulisses du roman.

jeudi 14 juin 2007

L'auteur ! L'auteur !

David LODGE, L'auteur ! L'auteur !, Rivages/Roman, Paris, 2005, (414 pages). Traduit de l'anglais par Suzanne V. Mayoux, titre original : Author, Author, 2004.

Il y a quelques semaines, j'ai parlé brièvement d'un recueil (billet du 12 mars 2007) d'essais du même auteur, Dans les coulisses du roman, qui relatait la genèse du roman L'auteur ! L'auteur ! et l'histoire de ses déboires éditoriaux. C'est ainsi que j'abordai l'oeuvre de Lodge et, ma curiosité piquée, je décidai de lire ce roman en cause.

En quelques mots, Lodge, en 2004, s'est vu, alors qu'il travaillait à cet ouvrage depuis plusieurs années, devancer au fil d'arrivée par le romancier irlandais Colm Toibin, dont le roman, Le maître portait également sur le romancier anglo-américain Henry James et se voyait couronné du Booker Prize, sorte de Goncourt britannique. Les succès de ce dernier portant, évidemment, ombrage au premier, Lodge se voyait revivre, un siècle après, la déconvenue de James face à George Du Maurier, tardivement venu au roman et dont le roman, Trilby, connut un retantissant succès à la fin du XIXe siècle des deux côtés de l'Atlantique, alors que lui-même venait d'échouer brutalement dans sa tentative de devenir un auteur de théâtre, et dont les romans et nouvelles ne rencontraient qu'un succès médiocre.

Sur Trilby, ouvrir le site anglais Wikipedia en cliquant sur le lien suivant : http://en.wikipedia.org/wiki/Trilby_%28novel%29

Une fois le roman de Lodge refermé, je puis comprendre l'inquiétude se son auteur, et les raisons de la fraicheur de l'accueil du public.

Suite au prochain billet.

mercredi 28 mars 2007

À vue de nez


Giles Milton, Le nez d'Edward Trencom - Les aventures héroïques et byzantines d'un fromager londonien, Buchet Chastel, Paris, 2007, traduit de l'anglais par Florence Hertz. Titre original : Edward Trentom's Nose, 2007. (365 pages)

Voici un petit roman tout à fait plaisant et qui, s'il ne révolutionne pas le roman britannique, donnera au lecteur d'agréables heures de lecture.

À l'évidence, l'auteur connaît bien l'histoire, ce qui n'est déjà pas rien, le récit se développant sur un peu plus de trois siècles, de 1666 à 1969, mais en outre, il fait preuve d'une érudition en matière de fromage qui donne faim. Neuf générations de fromagers londoniens lui permettent de nous en mettre plein le nez, nous donnant envie d'aller, toutes affaires cessantes, livre en main, chez le fromager le plus proche. Certes c'est là le côté le plus réussi du roman.

Comme il y a l'esquisse d'un certain suspense, on taira le dénouement, mais un mot de l'intrigue : pour quelle raison, sur neuf générations, un Trencom mâle, pourvu d'un nez -- au sens physique et olfactif -- peu commun disparaît-il dans de mystérieuses circonstances après avoir abandonné famille et foyer pour se rendre en Asie mineure ?

Les amateurs de généalogie et de l'histoire de Byzance apprécieront -- un indice.

À dire le vrai, toutefois, l'histoire n'aurait guère de vraisemblance aujourd'hui, à l'heure de Google et de l'Internet : l'intrigue se noue autour de vieux papiers et les protagonistes ont besoin d'une bibliothèque. Le mystère n'aurait pas survécu à la virtualité et à l'immédiateté des moyens de communication. En outre, les puristes de l'hérédité tiqueront sans doute devant l'explication généalogique.

On fermera toutefois les yeux sur ces artifices un peu convenus, mais, pour ma part, je ne puis cacher mon agacement devant la traduction parfois boiteuse qui donne des phrases telles « personne n'était entré ou sorti de la maison » ou « Ça sentirait beaucoup plus bon... ». Relit-on encore les livres qu'on publie ? Mais on verra sous peu qu'il n'est peut-être même plus nécessaire, ni même utile, de lire les livres dont on veut parler...

jeudi 22 mars 2007

Citation

« Je ne lis jamais un livre dont je dois écrire la critique, on se laisse tellement influencer. »

Oscar WILDE

Cela dit, le fait que je ne commente plus les livres de Mlle Bombardier, il y a tant de choses intéressantes à faire dans la vie, ne signifie pas du tout que je les lis; l'abnégation a ses limites. Et puis, ne fréquentant guère les bénitiers, je pratique volontiers un hédonisme littéraire.