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lundi 27 juin 2011

Le neuf se fait attendre - II

Arthur BERNARD, Le neuf se fait attendre, Éditions cent pages, Grenoble, octobre 1995 (186 pages).

Liquidons ces quelques commentaires qui traînent dans mes brouillons (tout en prenant garde de modifier, merci Blogspot, la date de publication).

Je vous ai laissés, deux chapitres lus, sur une tentative de vous communiquer mon enthousiasme. Je persiste et signe aujourd'hui ayant lu les huit suivants.

L'intrigue est toute simple, et, ô joie, n'appelle aucune exploration ombilicale.

En quelques mots :

En une ville X, avec sa cathédrale « joyau de l'art roman », le personnage A, au cinéma, rencontre le personnage B. A accueille B chez lui, quartier bourgeois, adresse du bon côté de la rue. A est fondé de pouvoir, B intérimaire. Pétanque et péripéties diverses dans le petit monde de la ville, où il est question de l'espoir du genre humain. Retour sur l'histoire familiale desdits A et B. A rencontre A', liaison puis mariage dans la haute. B rencontre B', liaison puis mariage à la périphérie. On se perd un peu de vue, ainsi va la vie. Quelques temps après, rencontre fortuite, avec rejetons de part et d'autre : « L'avenir nous appartient [...]. C'est demain l'an 2000, le neuf se fait attendre ! »

J'insiste : quel bijou de prose sur ce scénario somme toute conventionnel. Mais, depuis que le roman est roman, combien de fois nous a-t-on, même chez les meilleurs, resservi Montaigu et Capulet ?

Le style :
« On avait mis Dupuis dans le nouveau cimetière, près des voies de chemin de fer à l'ouest de la ville, sur le décumane*, l'ancien était trop plein, trop habité. Dans le nouveau, s'alignaient les débuts de rangées, des commencements pour toutes ces fins, quelques mètres carrés remués ou maçonnés, un terrain encore vague un vague gazon, des allées ocres la terre battue, le tennis des allongés. Un mur de moellons séparait à peine les pauvres morts de ces halles préfabriquées où l'on vend de tout pour tout, aqualand pour la piscine et le poisson d'agrément, jardineland pour les semis et les rosiers, zooland pour les zoophiles. »

« On ne va pas skier le reste de notre vie sur les neiges d'antan. »

« La pasta, le minestrone étaient tombés sur le joues de Lièvremont (personnage A), le menton tirait vers le bas. Il tenait par la main un garçonnet, cinq ans à peine, habillé comme papa pour son âge un vrai petit homme, l'homme descend de l'homme se dit Cœurderoy (personnage B), la voilà la vraie malédiction du genre humain. »
* Voilà un mot qui m'a donné du fil à retordre, même Google s'y est perdu. Remontant au latin, il s'agit d'une « allée qui va du levant au couchant. »

lundi 13 juin 2011

Le neuf se fait attendre


Arthur BERNARD, Le neuf se fait attendre, Éditions cent pages, Grenoble, octobre 1995 (186 pages).


Les hasards de la vie offrent au passant d'ici-bas entre les aléas du quotidien des plaisirs qui le rendent supportable; certains petits, on songera à la première gorgée de bière, et d'autres de conséquence, ne craignons pas le mot, la petite mort. J'en connais un que je qualifierais de « ni-ni » -- on me dit pessimiste --, ni minime, l'occasion est trop belle, ni considérable, plaçons haute la barre , bref un plaisir médian : la phrase de mon libraire : « J'ai un livre qui devrait vous plaire ».

L'objet de la recommandation est un roman d'Arthur BERNARD, dont Wikipedia et même Google troublent à peine la discrétion, et qui date de 1995. Une découverte d'autant plus heureuse qu'elle vient rajeunir la moyenne d'âge de mes auteurs vivants, dont l'effectif compte beaucoup d'octogénaires et nonagénaires. À septante ans, quoi : une jeunesse ! Mon deuxième Grenoblois, avec Pierre SENGES.

Les deux premiers chapitres me confirment l'avis du libraire : nous sommes dans la légèreté. Du côté de Daniel BOULANGER et Roger GRENIER. Et comme il s'agit de piquer votre intérêt, allons-y de quelques extraits :
« La notairesse portait dans la rue des jupes au-dessus du genou et au-dessous de son âge sous un manteau long fendu, le long et le court quel aller-retour, une dialectique ! […] en plus elle avait des idées avancées ! »
Ce n'est pas du ZOLA pour la description, on donne dans l'ellipse; remarquez cet au-dessus et cet au-dessous; à la limite du zeugme, mais fort efficace, et cela dit tout : vous voyez la dame, la reconnaissez. Et la douce assonance. Peut-être aurait-on pu faire l'économie des points d'exclamation.

Et aussi, dans la foulée de la définition du tourisme d'il y a quelques jours :
« Si l'on voyage c'est pour la ressemblance plus que pour le dépaysement, c'est pareil avec les bébés, ces vies nouvelles dans le commerce, ils sont toujours un portrait tout craché, quelqu'un de la famille, l'un ou l'autre côté. »
Pour longue qu'elle soit, la phrase pétille de grâce avec ses virgules, le sens faisant en l'espèce le liant que la construction semble dissimuler. On flirte avec la sentence, la maxime, et cela vous brise le cliché du tout craché.

Vivement le chapitre trois.

Merci, cher libraire.
Présentation de l'éditeur :
« Charles Lièvremont, un fondé de pouvoir installé dans un appartement trop vaste pour lui seul, héberge un soir Victor Coeurderoy, intérimaire sans domicile fixe, rencontré à la sortie d'une séance de cinéma. Les deux nouveaux amis s'entendent bien et sans qu'ils aient à se le dire, Coeurderoy devient le compagnon de vie de Liévremont. Avenue Signorelli, leur existence s'écoule avec la régularité d'un fleuve tranquille. À la manière d'un Bouvard et d'un Pécuchet -en moins, beaucoup moins ambitieux- les deux acolytes élaborent des projets de voyage qui n'aboutiront pas, font des rencontres ensemble, partagent tout, sauf l'intimité qu'ils savent préserver dans un respect naturel et réciproque. À la lecture de ce roman, on se surprend à penser que c'est peut-être ça, l'amitié... Rien d'extraordinaire n'arrive dans ce récit d'une belle camaraderie au charme un peu désuet. Pourtant, on ne quitte pas le livre avant la fin. L'anodin est au centre du roman d'Arthur Bernard et le romanesque au coeur de ses personnages. »


Rédigé sur mon iPad.