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mardi 21 mai 2013

Foglia, ma gloire

Pierre FOGLIA, Communicons, La Presse, 21 mai 2013.

Je viens de comprendre ce que je dois faire pour attirer des lecteurs (ou, à tout le moins, des visiteurs) : citer Foglia. Ils me pardonneront ce titre racoleur à la Duras et à son Hiroshima, mon amour -- lequel, digressons un peu, suscita  naguère le commentaire suivant de Marguerite Yourcenar : « Et pourquoi pas Auschwitz, mon chou ? ».

Consultant de temps à autres leur nombre, qui tourne en moyenne autour de 25 par article, je vois ce nombre bondir -- doubler ou tripler -- quand je cite l'indispensable atrabilaire de La Presse, dont je ne manque moi-même plus jamais (grâce à mon abonnement au fil RSS) un seul billet. Ce qui prouve, tristement, qu'il a bien raison : de nos jours, il suffit d'agiter l'information...

Tous mes remerciements, néanmoins, aux quelques dizaines de fidèles qui suivent -- ou visitent -- mes divagations littéraires.

Et lisent.

vendredi 17 mai 2013

Citation

La bêtise

Un extrait du billet de Pierre Foglia intitulé Burlington, La Presse, 16 mai 2013 :
« PÉPÈRE LA VIRGULE - Exposition au Musée des beaux-arts de Montréal, Pérou : royaumes du Soleil et de la Lune. Affiches, livre, site internet, vous êtes-vous demandé pourquoi un "S" à royaumes ?

Une lectrice, Isabelle Tanguay, a eu la curiosité d'appeler au musée. Pourquoi un "S" ?

C'est parce qu'il y a deux royaumes, lui a-t-on répondu, celui du Soleil et celui de la Lune.

Euh, comme ça, si j'écris par exemple, mon amie, mère de Louise et de Jessica, je dois mettre un "S" à mère ?

Quand les Péruviens feront une exposition sur le Québec, Québec : royaumes de la poutine et des ratons laveurs, ils devront mettre un "S" à royaume ?

Ouin... a répondu la voix au téléphone.

Vous ne verrez peut-être pas le rapport, mais ce "S" à royaumes est l'illustration de ma chronique de samedi, dans laquelle je disais freaker comme un fou sur la fin de l'écriture.

Moins à cause du "S" que du ouin. »
La bêtise...

Tous les matins, presque, j'écoute les trois petites minutes de la chronique de Philippe Meyer sur France Culture (pour une fois, je ne mets pas le lien, il est tard, et il me tarde d'aller me coucher et de lire quelques pages d'Un amour de Swann, alors, hop, lecteur, un petit tour de Google et tu y es, encore un effort). Il la conclut par un « Le ciel vous tienne en joie ». Vialatte, les siennes, on ne pourrait plus le faire, les fatwas se ramassant à la pelle, par « Et c'est ainsi qu'Allah est grand. ». Pour moi, j'ai souvent recours au « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » d'Aragon. Il me semble qu'il manque une chute aux textes de Foglia. Histoire de les mettre « en perspective »...

Il y a beaucoup de bêtise dans les romans Proust -- Cottard, les Verdurin... --, mais on en rit, et puis on se dit que c'est de la littérature, du roman. Foglia, c'est notre vraie vie, on ne peut pas en rire, de notre vie citoyenne. C'est pour cette raison qu'il lui faudrait une chute, Foglia, à ses textes, car la nôtre est terrible et cruelle.

Seule consolation, disait quelqu'un, je ne me souviens plus qui et n'ai pas, à cette heure, envie de chercher, on n'en sort pas vivant...

lundi 4 mars 2013

Le sommet

Le sommet étant selon le Trésor de la langue française le « point le plus élevé ou [la] partie supérieure d'une chose considérée dans sa verticalité », l'on ne pourra que constater, pour filer la métaphore, que l'ascension sera longue et semée d'obstacles. Éducation : Grand Soir de notre société ? Sachant ce qui est advenu de celui du communisme...

Extrait de L'accessibilité, de Pierre FOGLIA, paru dans La Presse du lundi 4 mars 2013 :
« Un sommet sur l'éducation devrait avoir pour première préoccupation l'éducation des coiffeuses. Le premier projet d'éducation d'un pays, 10 fois plus prioritaire que tous les autres, devrait être de donner à celui-là en plomberie, à celle-là en technique policière, à celui-là ouvrier agricole, une éducation qui les prépare à entrer dans la vie, et très très accessoirement à l'université. Leur donner des outils, un langage qui leur permettra d'être plus que des veaux, je veux dire plus que des consommateurs, que des gobeurs d'information, que des pitonneurs de twits. Leur donner la curiosité. Leur donner envie de résister. »
Le reste est de la même eau.

« ... un langage... », j'aurais sans doute écrit une langue.

mardi 4 décembre 2012

Citation : la majorité silencieuse

Pierre FOGLIA, Une journée à Montréal, La Presse, 4 décembre 2012.

« TEXTO - Parlant de niaiseux, dans la rangée devant nous, il y avait une jeune femme, 20 ans peut-être, qui a passé une partie du spectacle [de Leonard Cohen]] à envoyer des textos. Elle ne me dérangeait pas, remarquez, juste la lueur de l'écran de son iPhone que j'accrochais du coin de l’œil, mais ça ne fait pas de bruit ni rien. La plupart du temps, ça ne fait pas de bruit du tout, la niaiserie, même que des fois on l'appelle la majorité silencieuse.»
Où il est également question de Leonard Cohen, de tel quartier de Montréal entre Peel et Atwater et de pâtisserie.

jeudi 13 septembre 2012

Citation : Foglia et le professeur de littérature

Extrait du billet Carnet de voyage de Pierre FOGLIA, La Presse, jeudi 13 septembre 2002
« Je suis arrivé à l'heure du souper à Neuville, chez les McCabe, jeune couple dans la trentaine. Je ne les connaissais pas, lui, Alexandre, a gagné le concours du récit de Radio-Canada cette année, il me l'avait envoyé pour que je lui dise ce que j'en pense. À ce moment-là, le surlendemain des élections, je n'en pensais rien, ne l'ayant pas encore lu.

Il est prof de littérature à Saint-Augustin-de-Desmaures, le village voisin, dans un collège privé professionnel, il parle de Miron, Camus - il est fou de Camus, il a appelé son chien qui, ce jour-là, sentait la mouffette, Albert -, il parle de Camus, Miron, VLB, Annie Ernaux, de Proust aussi à des futurs flics, des futurs pompiers, à des filles de mode, peut-être bien des coiffeuses. Il leur parle de littérature.

J'ai souvent décliné ici les 100 métiers que j'aurais pratiqués avec autant de plaisir que celui de journaliste, j'ai oublié celui-là, le plus exaltant pourtant: donner envie à des pompiers de lire Miron.

Vous leur dites quoi ?

Je prends par exemple un vers de Miron, tout le noir de ces hommes est entré en moi, ou mieux encore pour ce que je propose de leur dire : je ne chante plus, je pousse la pierre de mon corps, de là, j'en viens à la littérature signifiante, celle à laquelle nous sommes obligés parce que c'est là, que nous en sommes ici, chez nous, parce que nous n'avons pas encore la liberté d'écrire en "satisfaits", comme Proust par exemple, c'est merveilleux Proust, je suis un grand admirateur de Proust, mais nous avons plus urgent, nous avons à pousser la pierre de notre corps.

Je ne vous jure pas que c'est exactement ce qu'il a dit, cela ressemblait à ça, je l'écoutais à demi, encore sous le coup d'un embarras qui m'était venu un peu plus tôt dans la cuisine, où sa femme s'activait à préparer le repas, effluves prometteurs, boîtes de sirop d'érable ouvertes sur le comptoir, une tarte?
Je ne pouvais malheureusement m'attarder, et c'est avec un rien de brusquerie, pour couper court d'avance à leurs protestations, que j'avais averti: il n'est pas question que je soupe ici...

Ils se sont regardés, étonnés, j'ai compris aussitôt qu'il n'avait jamais été question de m'inviter. Je suis devenu soudainement très rouge et très embarrassé de ma conne personne, embarras qui ne me quitta pas de l'entrevue, il me parlait de la tombe de Camus à Lourmarin, des abeilles qui s'affairaient dans la lavande alentour, mais ce n'était pas la lavande que je reniflais, c'était le sirop d'érable, m'insultant tout bas: ce que tu peux être con des fois, Foglia, non mais ce que tu peux être con. Une chance que t'es beau.

Le soir même, dans un motel anonyme, j'ai lu son récit, celui qui a gagné le concours de Radio-Canada, le titre est tarabiscoté: Chez la Reine - "Les exilés", le texte est lumineux, ce jeune homme écrit «vieux», je veux dire hors d'atteinte des modes, bref de la littérature, et justement de la littérature signifiante (même si ce n'est pas ma préférée), on pense au Camus de Noces et dans Noces à L'été à Alger, page 48 chez Folio : "pour ceux qui sont trop tourmentés d'eux-mêmes, le pays natal est celui qui les nie".

Le 30 octobre 1995, jour du référendum, à Sainte-Béatrix, Alexandre McCabe, qui a 14 ans, est en visite chez sa tante que l'on appelle la Reine, parce que son mari est le Roi du tapis, vente et installation de revêtements intérieurs et extérieurs.

La journée se terminera comme l'on sait. Les trois derniers mots du récit sonnent le glas d'une autre espérance: rien n'avait changé.

Un jour, ce gars-là va écrire un livre, c'est sûr, on en parlera beaucoup, vous vous rappellerez peut-être que j'ai failli être invité à sa table. »

lundi 25 juin 2012

L'affaire

Je reproduis ici le billet de Pierre FOGLIA publié dans la Presse du lundi 25 juin 2012; je préfère normalement donner le lien redirigeant le lecteur vers la page en question, mais la pertinence du propos me pousse à déroger à cette pratique. Pour moi, un des premiers avis sensés depuis le début de « l'affaire » des droits de scolarité, et qui pose clairement le vrai problème, la question de principe. Ne nous y trompons pas : une revendication politique cette affaire ? Nenni : une saute d'humeur corporatiste.  Même si l'intervention législative qui a suivi constitue une faute.

Trop difficile Molière, élitiste ? Qu'on les occupe avec de la pâte à modeler. Cela en fera de très bons citoyens : bien malléables.

Starbuck, par Pierre FOGLIA, La Presse du lundi 25 juin 2012.

« "Je me suis attardé à lire votre plan de cours et je ne peux croire qu'en 2012, un texte aussi insipide et ennuyeux que Le malade imaginaire de Molière soit donné à étudier à cette génération du vidéo et du texto..."

» C'est un père de famille qui écrit à la prof de français de son fils en première année au cégep de Lanaudière. En marge du conflit qui nous occupe depuis des mois et qui, au-delà des droits de scolarité, prétend remettre en question tout le système d'éducation, ce courriel - signé: un père désespéré - et la réponse de la prof disent assez que lorsqu'on aura réglé le conflit étudiant, on n'aura rien réglé du tout, on n'aura même pas touché à l'essentiel.

» L'essentiel? Revenons à la lettre du papa. Il se décrit comme un parent responsable qui, dans les circonstances agitées que l'on sait, essayait d'aider son ado à reprendre ses cours, en particulier son cours de français, et c'est ce faisant qu'il a découvert Le malade imaginaire dans le plan de cours de la prof. Il est alors saisi d'un immense découragement, pour la première fois de sa vie de parent, il baisse les bras: j'étais désespéré, sans voix, pour la première fois de ma vie, je me suis vu incapable de l'aider. Je me suis senti désarmé devant des mots, des expressions, des réflexions, des analyses d'une lecture indigeste QUI S'ADRESSE PLUS À DES ÉTUDIANTS EN ART ET LETTRES ou à des futurs enseignants ou écrivains qu'à des étudiants qui doivent malheureusement passer par le cégep et des cours obligatoires pour accéder à l'université.

» Les majuscules sont de moi. En fait, ce qu'il faudrait mettre en majuscules, c'est cette idée qui sous-tend le discours du monsieur, que la culture est une spécialité pour étudiants en arts et lettres, qu'on aille surtout pas emmerder les futurs ingénieurs du Plan Nord avec ça, quand ils s'ennuieront le dimanche après-midi à Fermont, ils iront se relouer Starbuck et puis voilà, c'est bien, Starbuck, vous l'avez vu?

» On parle couramment des enfants de la réforme, on oublie les parents de la réforme qui viennent avec. Si on baisse la barre d'un cran à chaque réforme, ce n'est pas seulement pour s'ajuster au niveau des enfants, mais aussi à celui des parents (et de la population en général) qui se contrefoutent que leur rejeton ne lise aucun livre et ne sache rien, n'ont-ils pas des ordinateurs qui savent tout? Ce parent-ci l'a très bien compris puisqu'il réclame une nouvelle réforme, cette fois au collégial...

» Il termine sa lettre à la prof en disant qu'il a fait son gros possible pour aider ses deux ados à réussir leurs études secondaires, il y est parvenu mais ouf, ça n'a pas été facile. J'ai pu les raccrocher grâce au football, mais cette fois - à cause de ce foutu Malade imaginaire -, cette fois il me faudra un miracle ou peut-être une nouvelle réforme au niveau collégial...

» Ai-je rêvé ou le thème de l'accessibilité à des études supérieures n'a été considéré que sous l'angle économique? L'angle académique? Je n'ai entendu aucun des trois leaders étudiants constater et déplorer que n'importe qui peut maintenant accéder à l'université sans avoir lu un foutu livre. Sans être capable de saisir une phrase à deux étages. Ça semble ne déranger personne.

» Au fait, pourquoi l'université? Je veux dire, si vous préférez le football. Ou la coiffure. Ou la maçonnerie. Qu'est-ce que la réussite scolaire? La réussite tout court? Oui, je vous reviens avec les menuisiers, les électriciens, les plombiers, les coiffeuses, les policiers, les informaticiens qui, la plupart, trippent sur leur job comme des fous et qui, eux, n'en manquent jamais, de job. Oui, je vous la ressers chaque fois celle-là, vous oubliez pourtant la seconde partie de mon discours qui est la vraie raison de ce discours: les cours de philo devraient être obligatoires surtout pour les plombiers, les flics, les ingénieurs et les joueurs de football.

» Madame! Madame! J'en ai rien à foutre du malade imaginaire parce que je serai ingénieur des mines et je vais travailler au Plan Nord. Le dimanche, à Fermont, quand je vais m'ennuyer, je vais relouer Starbuck. Vous avez vu Starbuck, madame? C'est pas mal bon.

» À quel âge doit-on commencer à former un ingénieur? C'est une question que n'a pas posée non plus le conflit étudiant, elle est pourtant centrale. On initie maintenant les ti-culs du primaire à la théorie des ensembles, sauf qu'à 24 ans, quand ils sortent de l'université, y'en a pas un crisse, et ne pensez pas que j'exagère, pas un crisse qui fait la différence entre culture et loisir, entre émancipation et consommation.

» Le malade imaginaire obligatoire? Absolument. Pour s'exercer - oui, comme au football - à différents niveaux de lecture. S'amuser à différents niveaux d'humour. Et aussi, comme a répondu la prof au monsieur: parce que c'est une œuvre qui critique l'ordre établi.

» Madame Bovary aussi, obligatoire. Et des textes beaucoup plus difficiles. Faire le contraire de ce que tout le monde dit. Le contraire de la réforme. Les faire avancer, les ingénieurs comme les coiffeuses, dans le béton frais de la pure littérature, dans des textes dont l'objet est... le texte. Le cerveau est un muscle qu'on doit exercer comme un quart-arrière au football exerce son bras pour lancer de plus en plus loin avec de plus en plus de précision.

» À quoi sert l'éducation? À plein de choses, mais avant toutes choses, à former des hommes, des femmes pas trop cons. »





Rédigé sur mon iPad.

mardi 17 avril 2012

Foglia - Portraits de famille

Pierre Foglia est billettiste à la Presse. C'est le dernier survivant d'une espèce non pas en voie de disparition, mais bien disparue. J'entends pour les gazettes d'ici. Lui a succédé celle des donneurs de leçons et conseils en prêt-à-penser. On le lit pour le plaisir : le fond et la forme, et pour le style (oui, je m'y suis fait). Tout mécréant que je soie, je fais brûler in petto un cierge afin qu'une âme charitable nous fasse, comme on l'a fait pour Vialatte le Grand, don du recueil de ses billets. L'intéressé s'y oppose -- il faudra donc procéder post mortem, mais souhaitons lui longue vie, et tant pis pour nous. On l'a fait pour les textes de la demoiselle de Très Grande Vertu qui sévit toujours au Devoir, dont je ne me résous pas à dire que nous nous en contenterons tant ce recueil est inutile, sauf peut-être, dans deux ou trois siècles, pour un futur sociologue, mais nous ne serons plus que ... cendres.

Voici donc son plus récent opus : chats, Tchekhov, confitures, et ce qu'on a dit de plus sensé sur la triste fin de l'ex Cynique Serge Grenier.

Portraits de famille, la Presse, 16 avril 2012.

mardi 3 avril 2012

Citation

« Je ne suis pas un vrai misanthrope, vous savez. J'aime les gens. C'est juste, comment dire ? Je ressens souvent en leur compagnie un léger ennui que je n'éprouve jamais quand je lis Gracq, Dostoïevski, Flaubert, Balzac, Sollers ou quand j'ouvre un pot de confitures de pêches de vigne au pinot noir. »
Pierre Foglia, Le sport, la vie in La Presse.

D'accord, à deux réserves prêt : Sollers et la confiture.  Ajoutez Modiano et Boulanger. Et aussi la marmelade de poires et citrons de Stonewall Kitchen.


vendredi 30 septembre 2011

Voici un extrait du billet de Pierre FOGLIA publié dans la Presse du 29 septembre 2011 et intitulé Résister fatigue. Je me sens très proche de ce propos sur la critique et le marché de la culture.

« Je viens de voir un mauvais film québécois que les critiques, mes préférés comme les autres, ont encensé unanimement, pas forcément pour de mauvaises raisons - en fait, je soupçonne qu'ils ont aimé ce film par sympathie pour son auteur. Qu'importe. C'est un mauvais film.

Critiquer, c'est bien des affaires, mais c'est aussi, c'est d'abord un acte de résistance. Résistance à la mode, à la facilité, aux idéologies, à la morale, au milieu, à la pub. Résister pour ne pas devenir un singe.

Résister surtout aux techniques de plus en plus raffinées et efficaces de mise en marché de l'objet culturel et de la performance culturelle.

Ce qui est effrayant, dans la pub de McDo dont je vous parle, c'est le rapport entre le génie - j'exagère à peine - qu'on a montré pour la concevoir et la médiocrité de son objet: le hamburger en question. Pareil dans l'industrie de la culture. La big machine à produire des enthousiasmes en amont du produit culturel qu'on veut nous vendre est très souvent plus inventive, plus géniale que le putain de hamburger culturel qu'elle veut nous faire avaler.

J'ai parlé l'autre jour d'un presque mauvais livre que je venais de lire en vous soulignant avec quelle impatience je l'avais attendu comme le chef-d'oeuvre du siècle. Je ne me reconnais pas dans cet imbécile qui attend un nouveau livre avec impatience. J'en ai assez d'anciens à relire sur mes tablettes pour ne pas avoir à acheter un seul nouveau livre d'ici à ma mort. Il y a forcément quelqu'un quelque part qui m'a pris pour un singe, qui s'est mis à bouffer une banane devant moi, et j'ai marché à fond. Il faudra donner le Goncourt du livre étranger à l'auteur du plan, pas à l'auteur du livre.

Pour vous dire comme le mal est profond, depuis ce livre-là, j'ai déjà récidivé en achetant un autre mauvais livre dont la critique québécoise chouchoute l'auteur ces jours-ci. Un livre qu'on nous présente non pas comme un chef-d'oeuvre, mais comme l'événement sympathique de la rentrée littéraire au Québec. Qui n'a pas envie de lire un petit livre sympathique au lieu d'un gros chef-d'oeuvre? Au bout de 20 pages, j'ai compris que je venais encore de me faire fourrer. Il faut féliciter l'agent littéraire responsable de cette remarquable mise en marché, un cas d'école à enseigner dans les cours de marketing: le coup du petit livre sympathique.

Je sais que je vous énerve en ne vous nommant ni le film ni le livre qui m'ont servi de petit bois pour allumer cette chronique. C'est voulu. Pas de vous énerver. Le problème n'est pas un mauvais film, de mauvais livres. Le problème, c'est que nous sommes en train de devenir des singes. Le problème, c'est la «bananisation» de la culture. »

jeudi 27 janvier 2011

Un parfait salaud

Querelle en France sur la commémoration du cinquantenaire de la mort de Louis-Ferdinand CÉLINE. Pierre FOGLIA commente dans La Presse d'aujourd'hui (27 janvier). Je me permets de citer un large extrait :
« Chaque polémique autour de l'antisémitisme de Céline repose la même question: peut-on être un grand écrivain et un parfait salaud ?

» Personnellement, je ne trouve pas du tout que ce soit une énigme. On peut être n'importe quoi et un parfait salaud en même temps. Voulez-vous dire que vous ne lirez plus jamais un auteur qui a déjà pogné le cul d'un petit garçon, qui a déjà fait le salut hitlérien, qui a approuvé les goulags de Staline, qui a battu sa femme ? Alors vous ne lirez plus Aragon, Sartre, Cioran, Gide, Tolstoï ? Qui allez-vous lire ? Sollers le maoïste ?

» Lisez Céline. Pour le texte et pour la musique. Ne lisez pas que Voyage au bout de la nuit et Mort à crédit. Lisez le sublime début D'un château l'autre. Lisez Guignol's band; lisez le dernier, Féerie pour une autre fois. Ne lisez pas Bagatelles pour un massacre, c'est là-dedans qu'il est honteusement antisémite, mais moi je vais quand même vous lire un passage de Bagatelles, parce que c'est aussi dans Bagatelles, écrit avant 1940, qu'il annonce les téléréalités des années 2000 dans ces quelques lignes prophétiques...
" Comment le plus infime crétin, le canard le plus rebutant, la plus désespérante donzelle peuvent-ils se muer en dieux et déesses? Recueillir plus d'âmes en un jour que Jésus-Christ en 2000 ans? C'est que la foule à genoux a le goût du faux, de l'or et de la merde, plus insignifiante est l'idole plus elle a de chances de conquérir le cœur de la foule..."
» Foule, tu peux bien haïr Louis-Ferdinand. Sache qu'il te hait aussi, depuis longtemps. »

samedi 20 novembre 2010

Salon du livre

C'est un titre trompeur : en fait, je ne vais pas au salon du livre. Je n'aime pas les foires commerciales, et surtout les commerciales qui s'affirment culturelles; je n'aime pas les foules qui les fréquentent et encore moins les agités qui s'y agitent. Surtout que Mlle B***, la dame de Très Grande Vertu hypermédiatique y est sûrement. Je suis de la vieille école (dans tous les sens du terme : j'ai appris à lire, à écrire et à compter) : ce que l'on appelle dans les médias si importants un élitiste. Pour moi, le salon du livre (pas besoin de majuscule) est à la librairie ce que le Costco est au commerce en général. Je n'aime pas.

Si je savais écrire, j'aurais écrit l'article de FOGLIA : Un roman juif.