mardi 29 juin 2010

Noon Moon : la fin du monde est pour aujourd'hui

Percy KEMP, Noon Moon Le mercredi des Cendres, Seuil Thrillers, Paris, 2010 (428 pages).


Je viens -- façon d'écrire -- de m'apercevoir que je n'ai pas vraiment partagé avec vous ce que je pensais du roman de Percy KEMP, outre l'agacement devant le côté Monde diplo des monologues du personnage principal. S'y ajoute une certaine cuistrerie, dont le même personnage nous assomme, faisant étalage de ses connaissances, et qui cette fois, l'amènerait du côté d'Achille TALON et de son encyclopédie du savoir superficiel : était-il indispensable que le lecteur fut informé du nom de la personne qui a suggéré Pluton pour nommer en 1930 la planète récemment découverte ? Si vous ne lisez pas le roman, sachez, et vous pourrez briller en société, qu'il s'agit d'une Venetia PHAIR, nom que vous pourrez gougueuler pour la suite.

Revenons à nos moutons, et au livre. Au vrai, je dirais qu'il y a deux ouvrages dans celui-ci : le premier, une histoire d'espionnage assez ténue, où Charlie, agent secret  tente de résoudre une série d'assassinats de personnalités islamiques ou islamistes (selon le point de vue); le second un traité socio-politique sur la mondialisation et le clash des civilisations amenant un dialogue entre un otage, Zandie et Alik AGAÏEV, le commanditaire de son enlèvement, et fidèle lecteur du Monde diplomatique. Le problème principal, selon moi, est que l'assemblage des deux est plutôt bancal : le premier est d'une facture très classique, avec ses personnages caricaturaux, agent secret macho et cocaïnomane au grand cœur et ses politiques obligatoirement cyniques ou imbéciles, sans compter la dame en péril. Le tout agrémenté d'une écriture tout en clichés et de phrases toutes faites : comment peut-on dire de fondamentalistes islamistes qu'ils sont sans foi ni loi ?

Plus intéressant, en comparaison, est le dialogue entre les deux Alexandre (Zandie et Alik), en dialogue Est-Ouest. Quoique, si on me permet un peu de cuistrerie, on pourrait dire que MALRAUX est déjà passé par là avec sa Tentation de l'Occident. Admettons aussi, cousue de fil blanc, la méthode socratique à laquelle Alik a recours pour convaincre Zandie -- dans les milieux du renseignement on dirait retourner. Admettons enfin un complot visant à déclencher l'Apocalypse (avec au passage un bel hommage à La route de Cormac McCARTHY) à partir du sol américain.

Je serais de mauvaise foi si je prétendais que je n'ai pas, toutes choses égales par ailleurs (pour rester dans le cliché), aimé ce roman. Il faut savoir ne pas bouder son plaisir, c'est l'été, et ce genre de lecture est plus agréable sous la ramure que celle d'un traité d'épistémologie. Il entre dans la catégorie, selon ma tante, grande lectrice, des livres à lire sous le casque du séchoir à cheveux. Catégorie fort bien fournie, comme chacun le sait.

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2 commentaires:

nick talonnet a dit...

bon dieu de bon dieu, de ces bourriques à castors qui jadis traverserent la grande mer, il emane encore en certain de cette fatuité francaise qui sauve ma belle patrie de la perfection.
elle flotte donc la bougresse.
ah la bancalité d'une proposition qui n'est pas sienne.
du bout des levres vous aimez...
"allez viens gamin, on te fera rien".
les belges nous sont en cela superieurs qu'ils savent oublier la posture.
si j'etais maitre du monde , pour un post pareil vous me feriez trois semaines de boulonnage chez bombardier inc .
or donc vous seriez le neveu de la femme aux bigoudis, a ses heures GRANDE lectrice, qui partage la vie d Achille.
quelle chance.
signé un prolo parigot decu par la pureté de la glace Canadienne.
sur-cotée mon bon monsieur

Hapax a dit...

Préférant l'aveu du bout des lèvres que je n'ai point haï ce roman à celui d'un réel déplaisir, je ne suis pas mécontent d'être apparenté à la fine Virgule. Évidemment on restera de glace, comme le cidre et le vin, que nous boirons à la santé de ce qui reste du prolétaire cousin.